Ma précarité m’a sauvé de la misère

Avant mon expérience de précarité dans ma voiture, j’ai fait beaucoup de métiers, tous étaient volontairement transitoires. Ceci expliquant cela. J’ai fait entre autre facteur, préparateur de commande, cuisinier, animateur culturel, surveillant de collège, agent ANPE (ex Pole Emploi), steward à bord des TGV…Tous ces métiers ont nourri ma réflexion sur la notion même de travail, de salariat et d’en mesurer l’utilité métaphysique. En quoi ces activités m’ont-ils été bénéfiques humainement parlant ?

Pas grand chose ! Peut-être suis-je trop exigeant à vouloir vivre l’excellence intrinsèque ? Il faut dire que je travaillais juste pour gagner de l’argent. Ceci expliquant peut-être cela. Toujours est-il que je satisfaisais non pas les besoins d’un être humain mais ceux d’un « ÊTRE URBAIN* », à savoir se loger, se nourrir, se déplacer et se divertir. Tout ça pour ça, c’était affligeant ! Quelque chose au plus profond de moi ne pouvait pas accepter si peu d’ambition. Ma précarité m’a alors sauvé de cette misère ontologique.

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Chercheur d’or à temps plein


Si je devais résumer ma volonté de rester dans la précarité pendant tant d’années c’est que chercher des réponses à des questions existentielles demandent de s’arrêter de ferrailler quotidiennement pour consacrer son temps à une unique quête qu’est la vérité. Tout comme l’or, elle apporte une richesse visible des autres et il est bien difficile de s’en lasser, on n’en a jamais assez. Toutefois, trop accéder à la vérité peut nuire à l’instar d’une richesse matérielle.

Chercheur de vérité (ou d’or) est un boulot à temps plein. J’ai bien essayé le salariat avant mon aventure en voiture mais comme tout le monde mon énergie se dissipe dans la fatigue nerveuse. Réfléchir sur le sens de la vie ou de la mort après une journée de FACTEUR* ou de préparateur de commande, c’est bien difficile. La seule envie que j’avais en rentrant était de regarder la télé ou perdre mon temps sur YouTube à la recherche d’un truc idiot à regarder. Dis moi quel or cherches-tu et je te dirai qui tu es.

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Dans la peau de John Wayne

Si on fait preuve d’observation à propos des films dit de « western », les cowboys voyagent généralement avec peu de matériel. Qu’en était-il dans la réalité ? Je ne sais pas mais l’information que j’ai retiré de ces films qui ont nourrit mon enfance, c’est combien ces hommes pouvaient parcourir des milliers de kilomètres avec presque rien sur leur cheval, juste une couverture, et un nécessaire pour se faire chauffer un plat et de quoi se raser avant de reprendre la route.

Manger avec mes ustensiles de cuisine de randonnée me ramenait à ces images de ces cowboys solitaires, satisfaits de leur sort et ne cherchant à aucun moment à créer une famille qui les obligeraient à se stabiliser au risque de perdre leur sacro-sainte liberté. Se prendre pour un héros de western dédramatise l’image négative de la précarité, cela peut même donner un sens noble à son quotidien tel un chercheur d’OR*. Dans mon cas je cherchais à comprendre la vie, les réponses que j’obtenais étaient mes pépites d’or.

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Au Vieux Campeur

 

Aujourd'hui grâce au matériel de randonnée qui ne cesse de s’améliorer, se retrouver sans domicile fixe devient du coup moins problématique sur le plan logistique. Souvent on me demande si je n’avais pas trop froid pendant l’hiver à dormir dans ma voiture, ma réponse était toujours rassurante du fait de l’efficacité de mon sac de couchage. Aujourd'hui on fabrique des sacs de couchages adaptés aux très basses températures (jusqu'à -50°C). Seul le prix peut être un frein.

« Au Vieux Campeur » est le magasin de référence pour l'équipement de randonnée, et si les prix sont parfois bien élevés, « Décathlon » est souvent une bonne alternative. Tout ce que nous avons besoin en équipement pour vivre quotidiennement peut tenir dans un sac à dos, une tente, un matelas, un sac de couchage, une popote, petit matériel pour manger et se laver. Utiliser du matériel de randonnée dans ma précarité m’a souvent donné l’impression de vivre comme un héros de WESTERN*.

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Mr Propre

Vivre sans domicile implique de devoir vivre sans eau courante livrée à domicile. L’eau il faut aller la chercher si on veut se laver. Rester propre est donc un défi quotidien sur le plan logistique pour un nomade. Généralement dans les grandes villes comme Paris, il existe un service gratuit pour prendre une douche. À Strasbourg, on fournit même un drap pour s’essuyer le corps, bien pratique pour éviter de se balader toute la journée avec une serviette mouillée sur le sac à dos.

Moi j’avais trouvé la solution grâce AU MATÉRIEL DE RANDONNÉE*. J’avais toujours sur moi une petite serviette en microfibre qui séchait rapidement et qui tenait dans une des poches de mon sac à dos. Quant à laver mon linge, soit j’allais dans une lavomatique, soit dans un centre d’accueil pour SDF, ou tout simplement je lavais à la main comme au bon vieux temps. La technique et le confort c’est super pratique mais quand ils nous font défaut, ne jamais oublier qu’on a fait sans pendant des milliers d’années.

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Que Viva la Salsa !

salsa rod
Si mon expérience de SDF nomade véhiculé a été joyeuse je le dois en partie à ma passion de danseur de salsa. Il n’y a qu’à écouter cette musique ou aller dans une soirée dansante pour s’en convaincre. Dans cette danse je pouvais exprimer toute ma soif de créativité et de curiosité à comprendre pourquoi le monde est monde. C’est notamment en dansant que j’ai compris des tas de choses sur l’eau (et la vie) du fait que notre corps en est composé majoritairement.

Cependant sur le plan logistique, cette pratique de danse comportait bien des inconvénients. J’avais par exemple plus de linges sales à gérer et surtout je devais me LAVER* avant d’aller en soirée sauf que vers 21h c’était un peu difficile de trouver un lieu propice. Alors j’ai souvent été dans des toilettes de centres commerciaux ou de fast-food, équipé d’un gant de toilette et de mon savon. Je finissais de me changer dans ma voiture. La passion nous fait oublier les difficultés.

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Ma peine à quitter ma précarité

 

C’était en janvier 2016, avant d’aller danser LA SALSA*, seul dans ma voiture j’ai pleuré une peine. Je prenais conscience qu’il était tant pour moi de changer ma manière de vivre. Je devais me résoudre à laisser cette vie de bohème et tous ces beaux souvenirs qui lui étaient liés. J’avais repoussé cette épreuve depuis des mois, mais lasser de me mentir à moi-même, j’accepta ce que la vie me proposa. Il était tant de passer à autre chose…La peine s’est ensuite dissipée.

Depuis je me dis que le plus difficile finalement n’est pas de commencer une aventure ou de l’entretenir mais bien de l’arrêter. Quand je vois tout ces gens qui partent à l’autre bout du monde, ou décident d’acheter un camion pour vivre une précarité joyeuse, mon premier réflexe désormais est de penser qu’ils ont de la chance mais ensuite je les envie moins quand je les imagine à ce qu’ils vont devoir gérer psychologiquement quand leur aventure s’arrêtera. La peine se nourrit de la joie, c’est même le prix à payer mais comme tout à un prix, on aurait tort de ne pas oser une aventure.

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« Into the wild » est un fake


Quand il s’agit d’évoquer à quelqu’un mon expérience de nomade véhiculé vivant avec peu de chose, il n’est pas rare que mon interlocuteur me parle du film « Into The Wild » réalisé par Sean Penn en 2007. Je suis à la fois flatté car le héros était bien plus courageux que moi et déçu car ce film a le défaut d’être un film professionnel, autrement dit c’est un fake. Alors oui il est tiré d’une histoire vraie et même issu du journal personnel de celui qui a fait l’expérience. Malgré tout, le film reste une production hollywoodienne dont le but est prioritairement commercial. Alors on romance beaucoup voire trop.

Ce personnage a bien existé je ne veux même pas en douter mais le film est avant tout une adaptation d’un auteur de livre, puis d’un scénariste, d’un réalisateur, d’un ou plusieurs producteurs et enfin d’un studio et de ses actionnaires. Comment produire une œuvre authentique dans ces conditions ? Ça n’est pas possible. Le tout c’est d’y croire et c’est bien sur cette croyance que le cinéma a bâtit son succès. Quand je regarde « Into the Wild », j’ai surtout de LA PEINE* pour Christopher McCandless…le vrai !

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L’autre monde


Pendant près de cinq années à errer dans la précarité nomade, j’ai fini bien malgré moi par vivre l’expérience du détachement. Une drôle de sensation qui nous fait accepter tout sans la moindre variation émotionnelle. Une liberté vis-à-vis de son mental et donc de son environnement. C’était assez étrange car le décor et les acteurs du quotidien n’avaient pas changé et pourtant tout me semblait être devenu différent. J’étais passé dans un autre monde tout en étant dans le même monde. Ma perception des choses et des gens avait changé.

En tant que vidéaste, je mesure l’importance et la pertinence de changer son angle de vue. Un zoom n’est pas un plan large. Ce n’est pas la même information et donc pas la même réaction psychologique. Les médias de masse et HOLLYWOOD* le savent parfaitement bien quand il s’agit de manipuler l’opinion publique dans le sens de leur idéologie. L’autre monde d’où je vous écris maintenant est accessible à tous qui comme moi cherchent sérieusement à vivre le bonheur (ou l’amour).

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Le mépris de l’autre


J’ai la chance d’avoir dans mon entourage de manière indirecte des gens qui me méprisent car j’ai été dans la précarité. Je vis donc le mépris de l’autre et je trouve cela particulièrement stimulant sur le plan métaphysique car pour supporter nerveusement une telle nocivité, il me faut comprendre cet autre et son mépris. En somme, que je fasse la démarche inverse de cet autre en faisant preuve de compassion envers lui que son mépris enlaidit et abîme tous les jours.

Le mépris de l’autre génère donc de nombreux avantages pour le méprisé. Tout d’abord, de faire fonctionner activement sa compassion qui se révèle bien plus bénéfique en terme de joie de vivre. Le mépris de l’autre permet aussi sur le plan relationnel de s’abstenir de toute séduction réciproque, on ne s’embarrasse pas de faux-semblants, on est nu psychologiquement l’un en face de l’autre. Le méprisant est bien évidemment toujours le plus défaillant car un méprisé averti est toujours dans le DÉTACHEMENT*.

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