Le salariat ne passera pas par moi

Je voudrais préciser aujourd’hui un détail me concernant à propos de la précarité et du projet « La précarité joyeuse ». Si mon expérience de précarité dans ma voiture avait été triste voire déprimante pour moi, je ne serais pas resté dans la précarité et je n’aurais jamais envisagé de le partager publiquement. C’est bien parce la précarité m’a été utile voire rigolote que je suis resté dans la précarité et que j’ai décidé de vous en partager les bons côtés. À l’inverse, travailler comme salarié, je connais et cela ne m’a jamais m’amusé.

J’entends parfois des gens me dire que je fais parti de ceux qui profitent du SYSTÈME*, que nous sommes des feignants et que c’est bien dommage que l’État soit bien trop laxiste avec nous. Je les comprends. Cependant ils « oublient » que nous sommes en 2017. Tous les ans on réforme le code du travail généralement en défaveur du salarié. Je trouve ça mesquin et donc déprimant. C’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à me satisfaire de la précarité. Quitte à être pauvre autant l’être de manière joyeuse.

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Tant que le paradoxe est rigolo…

Comment vit-on un paradoxe ? Nous le savons tous bien gré mal gré puisque nous faisons cette expérience bien étrange tous les jours. Effectivement, notre société fourmille de paradoxes plus ou moins acceptés voire banalisés. Quelques exemples, nous vivons dans un pays très riche qui crée toujours plus de pauvreté. Nous sommes dans un pays qui luttons activement contre la haine de l’autre tout en se félicitant de la bonne santé économique de notre industrie militaire. Bizarre !

Pour ma part, je me souviens d’une expérience paradoxale détonnante et RIGOLOTE*. J’avais une amie qui travaillait dans une grande école de commerce internationale. Je lui rendais visite de temps en temps à son travail. Nous nous rencontrions dans la cafétéria de l’école où le café était gratuit et avec un bon wifi. Peu à peu cette cafétéria était devenue mon espace de travail. La situation alors m’amusait puisque je dormais dans ma voiture le soir et le jour je travaillais parmi des futurs cadres ou chefs d’entreprise. Et je me sentais à ma place. Bizarre ! 🙂

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À chacun son budget

Quand on se retrouve dans la précarité, il est courant de penser que l’on ne peut pas s’en sortir par la simple volonté. Il est même troublant voire inenvisageable d’entendre quelqu’un dire (ou écrire) avoir choisi la précarité comme mode de vie. Pourtant, il suffit de faire preuve de pragmatisme pour comprendre. En effet, nous vivons tous en fonction d’un budget de dépenses quotidiennes qui nous est tous personnel. Par exemple, certains seront plus dépensiers pour leurs vacances et d’autres pour leur maison.

Dans la précarité, on peut considérer que c’est la même chose. Certains comme moi sont déjà prêts à mettre peu voire pas d’argent pour leur habitat. Et dans le même temps dépenser suffisamment d’argent pour s’acheter un iPad et un iPhone. PARADOXAL*, n’est-ce pas ? Et pourtant cela reste cohérent, tout dépend de notre manière à gérer notre budget du quotidien. Ce qui me fait dire qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais budgets mais une proclamation récurrente de ce qui est bon pour nous.

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Viens chez moi j’habite chez une copine

Vivre dans la précarité c’est vivre avec très peu d’argent, niveau BUDGET* on essaye alors de fonctionner dans une ville qui demande bien plus qu’un rsa pour se sentir à son aise. Certains optent comme moi pour la voiture et d’autres choisissent le squat qui consiste soit à habiter quelques temps chez un ami (ou une amie) ou soit à dormir dans un lieu inhabité depuis plus ou moins longtemps avec le risque de recevoir la visite dans la nuit de la police ou des propriétaires.

Personnellement, je n’ai jamais squatté dans un lieu inhabité, au pire je préfère dormir dans la forêt qui me semble bien plus sûre. Mais je connais quelques personnes qui ont fait ça pendant des années et ils aimaient cette manière de vivre. Le squat chez des amis, par contre je l’ai pratiqué mais très vite la situation peut devenir vite désagréable car premièrement ne pas se sentir chez soi fatigue et deuxièmement la patience de son hôte est parfois limitée dans le temps.

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La création a besoin de la destruction

À première vue, le décor de la précarité est celui de la destruction. Que ce soit après une guerre ou un SDF délaissé par sa famille, c’est toujours un peu le même décor gris des ruines ou du béton d’un SQUAT*. Dans les deux cas, quelque chose a été détruit et cela n’a rien de réjouissant cependant la destruction est aussi porteuse d’un potentiel créatif incroyable. Quand on détruit, on doit reconstruire, parfois à l’identique mais souvent d’une manière complètement différente.

La création a besoin de la destruction tout comme la destruction a besoin de la création. Cette réalité permet de relativiser la nocivité apparente de la destruction. Rien n’est jamais totalement négatif. La vie nous l’apprend tous les jours. Avoir cette vision et donc cette compréhension qu’il y a du bon même dans quelque chose de si négatif que la destruction aide à aller de l’avant quand une période difficile de précarité commence. La précarité est un cadeau, encore faut-il savoir le déballer.

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Le pacifisme de la précarité

L’avantage quand on est précaire, c’est qu’on a autre chose à penser que de faire la guerre, on est bien trop occupé à se trouver à manger et à dormir le plus convenablement possible. Faire la guerre aujourd’hui est le choix de ceux qui détiennent un pouvoir politique ou matériel et qu’ils entendent le défendre à n’importe quel prix jusqu’à tuer des humains qu’ils soit militaires ou civils (dommages collatéraux). Toutes les guerres sont violentes et injustifiables, aucune ne peut donc être une victoire.

La guerre crée toujours la précarité sur son passage. En plus de la désolation, la tristesse et du traumatisme. Elle DÉTRUIT* ce qui a été crée. Il ne reste alors plus qu’à tout reconstruire à la place des champs de ruines. Les conflits de voisinages d’hier se transforment en solidarité par la suite. C’est à croire qu’il faut une guerre pour accepter l’idée qu’il puisse y avoir de la joie dans la précarité sinon on doute, on craint, on rejette voire on combat. La guerre prend sa source dans notre conflit intérieur.

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Rester enfant ne rend pas heureux

Hier, j’ai dû m’arrêter à la gare de Marne-La-Vallée-Chessy. Je me suis assis pour attendre un train et j’ai vu alors défiler quelques personnes du public du Parc Disneyland sortir avec des petites oreilles de Mickey sur la tête. Je me suis alors interrogé sur le plaisir que les gens prennent à rester enfant malgré leur âge adulte. Peut-être parce qu’un enfant n’est jamais responsable des GUERRES*, des injustices, de la corruption, et de toute la laideur de notre société. C’est pratique !

La précarité a l’avantage de nous faire sortir du monde de l’enfance car on vit la réalité dans son ensemble, le bon comme le moins bon. De fait, On vit la laideur et on doit s’en accommoder. On est impuissant à posséder ce qui fait rêver notre cher enfant intérieur. Notre tout puissance infantile est mise à mal, c’est un bon signe car il ne reste plus qu’à s’éveiller ontologiquement à ce qu’il y a au-dessus de notre égo. C’est notre seul salut, sinon nous nous condamnons à la complainte tel un enfant.

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Le Livre de la Jungle

Traiter le sujet de la précarité à l’écrit ou en vidéo (film, documentaire…) est toujours difficile car le public n’est pas très enthousiaste à se morfondre des heures sur la malheureuse expérience d’un individu. À moins bien sûr que l’histoire soit traitée de manière légère et qu’elle soit porteuse d’un message positif. C’est comme ça qu’est née l’idée d’évoquer « La précarité joyeuse ». Je ne suis pas le seul à le faire, il existe au cinéma des tas d’exemples de films qui traitent de la précarité de manière joyeuse.

Je pense notamment au dessin animé de WALT DISNEY* titré « Le Livre de la Jungle ». Voilà un petit garçon bien heureux de vivre avec ses amis les animaux. Il ne possède rien, il est presque nu, il n’utilise pas d’argent, et pourtant il lui arrive un tas d’aventures plus ou moins risquées qui le font grandir. En regardant ce dessin animé, nous oublions qu’il s’agit d’un pauvre garçon socialement parlant sans pouvoir d’achat qui devrait être placé normalement dans une famille d’accueil. Au lieu de cela, nous rions avec lui très sincèrement.

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La survie et la précarité

Je trouve toujours bizarre de confondre systématiquement la survie avec toute forme de précarité. Dans les ruines d’un bombardement je peux comprendre car les survivants ont frôlé la mort mais dans le cas d’un randonneur qui marche et dort dans la nature, là je m’étonne. Qu’est-ce que cela a à voir avec la survie ? Pas grand chose bien sûr ! Mais pourtant on parle volontiers de survie. Il en est de même pour un citadin qui doit composer avec peu d’argent dans la ville. Il est lui aussi en mode survie.

Quand il y a une telle approximation, ça ne peut être que l’oeuvre de notre mental qui craint le jour de sa disparition alors il amalgame pour se protéger. J’ai une autre lecture du mot survie. Je discerne deux mots sur et vie. Ainsi la survie serait une manière de vivre à la surface des choses. On est alors loin de l’expérience du randonneur tout comme le quotidien d’un précaire dans la JUNGLE* citadine qui ne survivent pas mais qui eux vivent car ils sont en harmonie avec leur environnement vivant.

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Jouir de l’absolu

« Dis-moi ce qui te fait jouir, et je te dirai qui tu es », cette adage résume bien selon moi l’importance que prend la jouissance aujourd’hui dans nos sociétés dites « avancées ». Cela se traduit d’ailleurs par l’omniprésence de la médiocrité qui infantilise l’individu. Du coup, tout ce qui élèverait l’être humain vers la maturité est méthodiquement moqué, cassé et condamné. Rien de doit perturber notre « liberté » à jouir d’un désir. C’est tellement vrai qu’aujourd’hui on confond le bonheur à notre capacité à jouir.

Est-ce que l’on jouit de la précarité ? Oui et non. Ce n’est pas une jouissance éphémère mais un état d’être qui dure dans le temps. On jouit alors du silence, on jouit de la sérénité, on jouit de la lenteur de la vie. On jouit de l’absolu. Autrement dit, on vit alors que les autres SURVIVENT* dans l’enchevêtrement de leurs désirs nombreux et momentanés. Quand on parvient à jouir de la précarité, vous l’aurez compris, celle-ci n’est plus qu’un mot comme un autre servant à faire peur aux jouisseurs éphémères.

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